Tout ou presque sur l'histoire de l'Afrique du Sud
Presque entièrement située au sud du tropique du Capricorne, l'Afrique du Sud constitue un vaste ensemble géographique. La population totale dépassait les 30 millions d'habitants en 1992 et approchait les 35 millions si l'on prenait en compte la population de quatre bantoustans officiellement « indépendants ». Cet espace géopolitique - véritable poumon de l'Afrique australe et jusqu'à une date récente « point de fixation » pour les États voisins dits de la « ligne de front » - s'est façonné et développé dans des conditions mouvementées et souvent rudes au cours de trois siècles d'histoire (340 ans en 1992 si l'on retient la date de la fondation du premier établissement colonial hollandais).
L'unité politique, qui s'était réalisée au début du XXe siècle dans le cadre de l'Union sud-africaine (U.S.A., Union of South Africa), a progressivement fait place à un éclatement en constellation de territoires ou même d'États au destin incertain. Cela a modifié la présentation des statistiques globales traditionnelles (superficie, démographie). Ainsi la grande Union sud-africaine des années 1950-1960 recouvrait - toutes parties confondues - une superficie de 2 816 000 kilomètres carrés. L'actuelle république d'Afrique du Sud, au sens précis du terme, n'a plus que 1 123 000 kilomètres carrés, ce qui représente tout de même cinq fois la superficie de la Grande-Bretagne.Quatre fractures, en effet, se sont produites au cours des trente dernières années (1966, 1976, 1984, 1991) dans le système politique et constitutionnel sud-africain qui se trouve en complète - et délicate - mutation.
Jusqu'en 1966, l'ensemble sud-africain regroupait trois éléments politiquement distincts quoique étroitementliés : l'Union devenue république d'Afrique du Sud en 1961 (capitale Pretoria) ; les trois protectorats britanniques du Bechuanaland, du Basutoland (complètement enclavé) et du Swaziland qui, depuis la fin du XIXe siècle, étaient administrés par une haute commission britannique mais qui, en fait, vivaient en symbiose avec l'Union sud-africaine sur les plans monétaire, douanier et commercial ; enfin, l'immense territoire du Sud-Ouest africain, administré depuis 1920 par Pretoria en tant que « mandat » de la Société des Nations mais plus ou moins traité en fait comme une province de l'Union, et qui sera à partir de 1946 l'objet d'un contentieux international inextricable.
Entre 1966 et 1968, les trois protectorats britanniques accèdent à l'indépendance complète sous le nom respectif de Botswana (ex-Bechuanaland, capitale Gaborone), de Lesotho (ex-Basutoland, capitale Maseru) et de Swaziland (ou Ngwane, capitale Mbabane). Un point final est ainsi mis à la question de leur éventuelle incorporation dans l'Union sud-africaine qui avait été soulevée à plusieurs reprises depuis 1910. Quant au Sud-Ouest africain - appelé Namibie par l'O.N.U. à partir de 1966, à la suite de la révocation du mandat sud-africain -, il va connaître une sorte de dérive dans la violence avant d'obtenir en 1990, quasi miraculeusement ( ;) et dans la paix retrouvée, l'indépendance.
La deuxième fracture du système politique sud-africain apparaît à partir de 1976 avec l'accès (ou l'octroi ;) à l'indépendance de certains bantoustans - à commencer par le Transkei qui avait été le premier à obtenir ce statut d'autonomie particulière en 1963. Désormais, de nouvelles entités politiques indépendantes mais enclavées dans la république d'Afrique du Sud sont susceptibles de surgir et de composer cette constellation d'États qui, à cette date, est la stratégie bien arrêtée de la république d'Afrique du Sud.
Mais, et c'est la troisième fracture, un début de changement s'amorce en 1983-1984 avec l'adoption d'une nouvelle Constitution qui rompt définitivement avec l'apartheid rigide et ouvre la voie à un certain degré de multiracialisme : les communautés métisse et asiatique, exclues du jeu politique depuis les années 1960, sont réintégrées dans la vie publique. L'idée d'un nouveau contrat social s'impose désormais en Afrique du Sud, étant entendu que rien ne pourra se faire en continuant de mettre à part la majorité de la population, c'est-à-dire la population bantoue.
Cette quatrième grande fracture dans le système politique sud-africain s'est produite à la charnière des années 1990-1991. L'abolition officielle de l'apartheid (juin 1991) et l'ouverture (déc. 1991) de négociations entre représentants de toutes les communautés en vue d'élaborer une nouvelle Constitution « démocratique » marquent la fin d'une époque en Afrique du Sud. Depuis 1994, la république d'Afrique du Sud est entrée dans une période « intérimaire » de cinq ans (1994-1999) et, pour la première fois de son histoire, sous la présidence d'un non-Blanc, Nelson Mandela.
Reste à organiser l'avenir. Plus que jamais, l'histoire politique, économiqueet sociale du pays - qui s'est forgée à l'échelle de l'ensemble sud-africain - éclaire les aspects contemporains du problème auquel est confrontée la « nouvelle » Afrique du Sud.
La république d'Afrique du Sud proprement dite couvre 1 123 000 km2. Sa population, peu nombreuse, était estimée en 1991 à 31 394 000 habitants, soit 28 habitants au kilomètre carré. Les causes historiques n'expliquent qu'en partie la médiocrité du peuplement où il faut voir surtout une conséquence de l'infertilité des sols et du climat désertique qui est celui d'une grande partie du pays.
Cette portion du continent africain a un relief extrêmement simple. Il s'agit en effet d'un vaste plateau intérieur, déprimé en cuvette vers le centre et relevé en un grand escarpement vers la périphérie.
Fragment du continent de Gondwana morcelé au Secondaire, l'Afrique du Sud est essentiellement constituée par un socle ancien, rigide, portant les traces de très anciens plissements. Très tôt émergé, ce soubassement a subi une longue période d'érosion subaérienne, et a été enseveli sous une masse de débris dont les plus importants sont d'âge Karroo (du Carbonifère au Jurassique). Ces débris, dont beaucoup sont gréseux, peuvent, en certains points, atteindre 8 000 m d'épaisseur. Le socle rigide a opposé une forte résistance aux mouvements tectoniques : les plissements ne purent y laisser leur marque, mais gauchissements, fractures, dénivellations ont été fréquents et expliquent les émissions abondantes de laves, en majorité basaltiques.
Seul l'extrême Sud échappe à cet ensemble. Là, des plissements de direction est-ouest, remaniés par une longue érosion, font de la région du Cap une autre unité structurale.
L'escarpement limitant le plateau dresse un arc de cercle de hauteurs qui, de l'extérieur, ont une allure imposante. En fait, aucune barrière infranchissable ne sépare le plateau des régions côtières. L'érosion a morcelé le Grand Escarpement en une série de massifs plus ou moins élevés et isolés. Seul, vers le sud-est, le Drakensberg s'élève au-dessus de 3 000 mètres (pic Cathkin 3 650 m, monts aux Sources 3 280 m) et forme un obstacle sérieux aux communications. Cette longue muraille s'allonge sur plus de 400 km, mais aucune brèche importante ne permet un passage aisé. L'aspect de haute montagne est encore accentué par le pittoresque des énormes empilements de laves basaltiques qui portent les points culminants. Ailleurs, l'escarpement est moins impressionnant, son franchissement plus facile. L'altitude s'abaisse (2 502 m dans le Sneewberg, 1 912 m dans le Nieuweveld, 1 200 m dans les monts Olifants), la montagne est plus étroite et se morcelle. L'érosion y est active, et les nombreuses buttes témoignent du recul de l'escarpement.
L'intérieur est tout aussi varié. Un demi-cercle de plateaux élevés (Namaqualand, Damaraland, haut Veld) s'adosse à l'escarpement et descend en pente douce vers la cuvette centrale. L'altitude est variable, de 1 200 à 1 800 m le plus souvent, le paysage nuancé : à l'ouest, vastes étendues de pierres et de sables du Namaqualand, entaillées par des canyons ; hauts plateaux du Damaraland, accidentés de nombreux reliefs escarpés, semblables à des inselbergs ; vers le nord, plateaux dolomitiques où l'érosion karstique s'est exercée. Les facteurs d'unité ne manquent d'ailleurs pas dans le paysage, et l'action destructive de l'érosion est un de ces aspects : dongas ou bas-lands, vleis, cavités déblayées par déflation qui s'emplissent d'eau à la saison des pluies, sont les constantes des paysages veldiens.
Le Centre est en fait partagé en deux cuvettes inégales par un léger dos du socle cristallin. Au sud, la cuvette de l'Orange est un ensemble de bas plateaux, parfaitement tabulaires, morcelés par les cours d'eau. L'érosion les a souvent réduits à l'état de kopjes, collines coniques, surmontées par une épaisseur de roches dures (dolérites) d'origine éruptive. Au nord, la cuvette du Kalahari est endoréique. Le drainage intérieur a accumulé d'énormes épaisseurs de sables que le vent a remaniées : oueds, barkhanes, grandes dunes longitudinales, lagunes salées (Makarikari : 15 000 km2) abondent dans ce pays aride.
Les régions bordières, entre le Grand Escarpement et la mer, sont peu étendues mais d'aspects variés : larges gradins abaissant rapidement l'altitude, fourmillement de collines, plaines côtières étroites. Dans le Natal, la zone marginale est parcourue par des rivières descendues des hautes terres. Bien alimentées par des pluies abondantes, elles offrent à l'activité humaine les sites favorables de leurs vallées où s'étagent des terrasses fertiles. La plaine est une mince frange et la côte, presque parfaitement régularisée, est peu hospitalière.
Vers l'ouest, dans la province du Cap et en Namibie, s'allonge une étroite plaine littorale dont l'aridité est le caractère dominant. Semi-aride dans le Sud, elle est de plus en plus désertique dans le Namib, qui borde l'escarpement de l'ancienne colonie allemande. Des paysages divers, roches finement sculptées, nappes de cailloux anguleux, étendues de dunes se succèdent.
Dans la zone méridionale, la plaine littorale disparaît. La région bordière est alors occupée par les chaînes du Cap où l'érosion a façonné un relief appalachien. De courts chaînons, parallèles au Grand Escarpement, dont certains ont encore fière allure (Swartberg supérieur 2 300 m, Langeberg) encadrent deux dépressions intérieures : au nord, le Grand Karroo, entre l'Escarpement et les chaînes du Swartberg, du Baviaanskloofberg, du Zuurberg ; au sud, le Petit Karroo, délimité par les hauteurs de la région du Cap. Ces dépressions, parsemées de débris, souvent accidentées par des buttes escarpées, présentent des caractères d'aridité et marquent une transition avec les dépressions désertiques de l'intérieur. C'est ici que l'on découvre les côtes les plus pittoresques de l'Afrique du Sud. Le rivage recoupe obliquement les hautes chaînes gréseuses ; des promontoires élevés, attaqués en falaises(cap des Aiguilles) alternent avec de courts secteurs de côtes basses. Seul le cap de Bonne-Espérance, un ancien îlot rocheux rattaché au continent, a une origine différente.
Vignobles d'Afrique du Sud
Certes, le relief est varié, et détermine un certain nombre de régions naturelles. Mais le climat est le critère physique le plus important, celui dont découlent les caractères essentiels.
Sauf dans l'extrême Sud, l'Afrique du Sud, comprise entre le 33e et le 18e parallèle, appartient à la zone tropicale, et le tropique du Capricorne traverse le nord de la République et la Namibie. Néanmoins, le climat n'est pas uniforme : le régime et la répartition des pluies permettent de distinguer plusieurs régions climatiques.
À l'est, le Natal subit un climat tropical chaud et humide. Les précipitations, réparties sur toute l'année en raison d'un phénomène de mousson, sont abondantes : partout supérieures à 500 mm par an, comprises le plus souvent entre 800 et 1 200 mm. Cette région, la mieux arrosée d'Afrique du Sud, est donc favorable aux cultures tropicales et certains végétaux, tels que la canne à sucre et le bananier, y sont étroitement localisés.
Au sud, la région du Cap est méditerranéenne. Les précipitations provoquées par le passage des dépressions venues de l'ouest tombent en saison froide. La sécheresse d'été, due à la remontée de l'anticyclone atlantique, pose de sérieux problèmes aux agriculteurs qui sont souvent contraints de recourir à l'irrigation. Cette zone reçoit en moyenne de500 à 700 mm par an ; les versants et les chaînes sont suffisamment arrosés, mais les dépressions du Grand et du Petit Karroo sont souvent proches de l'aridité.
Hormis ces deux régions, l'Afrique du Sud connaît un climat tropical à saison sèche. Les précipitations coïncident avec les plus fortes températures et diminuent vers le centre et l'ouest. Le Kalahari est semi-désertique. Il y tombe en moyenne 250 mm de pluie par an. Les activités agricoles y sont donc impossibles, mais le sol n'est pas totalement nu. Une herbe courte et drue forme une couverture discontinue, ponctuée de quelques arbres, et sert de pâturage.
Le Namib est beaucoup plus désertique. Les précipitations se raréfient (moins de 125 mm par an). Les températures augmentent (de 30 à 32 0C en moyenne, avec des maximums de 41 0C). La faible nébulosité, la lumière intense, la pureté de l'air entraînent de forts contrastes thermiques, diurnes et saisonniers.
Les hauts plateaux sont médiocrement favorisés. L'altitude fait ici sentir son action : les températures sont plus modérées, les pluies suffisantes (plus de 700 mm). Le haut Veld est donc le domaine de l'herbe et de l'élevage.
L'histoire de l'Afrique du Sud reste encore mal connue dès que l'on remonte au-delà du XVIIe siècle. Écrite uniquement par des historiens blancs, elle est remise en cause par les Africains, qui en contestent au moins certaines interprétations, celle de la communauté afrikaner surtout qui, aujourd'hui comme hier, voit dans les avatars successifs de son installation en Afrique australe un grand dessein de la Providence. Dans ce déroulement historique - qui commence véritablement au milieu du XVIIe siècle - la guerre des Boers (1899-1902) opère une césure radicale. Non seulement en raison des dissensions profondes qu'elle crée au sein de la communauté blanche et des souvenirs douloureux et vivaces qu'elle laissera derrière elle, mais aussi et surtout parce qu'elle marque le passage de l'Afrique du Sud ancienne - pastorale, traditionaliste et divisée - à l'Afrique du Sud contemporaine- industrielle, moderne et unifiée -, d'abord dans le cadre de l'Union sud-africaine et, depuis le 31 mai 1961, dans celui d'une république. Si la Constitution de 1983-1984 ne remettait pas en cause les fondements de cette république d'Afrique du Sud, elle ouvrait néanmoins une première brèche dans le système politique traditionnel qui pourrait conduire à des développements inattendus.
Les paléontologues estiment que le continent africain est le berceau de l'humanité, le processus d'hominisation y ayant commencé il y a quelque deux millions d'années. Denombreuses et importantes découvertes anthropologiques attestent en tout cas une présence humaine très ancienne en Afrique du Sud. Les populations dites aborigènes qui y survivent actuellement - les Bochimans (quelque 30 000) et les Namas-Hottentots - n'auraient atteint cette région, venant des grands lacs d'Afrique centrale, qu'entre le XIe et le XIVe siècle de notre ère. C'est au siècle suivant que les premiers navigateurs européens, portugais surtout, découvrent l'Afrique australe : Diogo Cão touche la côte atlantique du Sud-Ouest africain en 1485 ; Bartolomeu Dias, en 1487, atteint le cap des Tempêtes qui deviendra le cap de Bonne-Espérance, après le passage de Vasco de Gama en 1497. L'histoire proprement dite ne commence pourtant que cent cinquante ans plus tard avec le début d'une installation européenne permanente, dans la région du Cap, qui est l'œuvre des Hollandais.
La colonisation hollandaise tient davantage du hasard que de l'intention politique. Durant le XVIe siècle déjà, des marins naufragés avaient eu l'occasion de prendre un contact forcé avec la pointe australe du continent africain. En 1647-1648, l'échouage du navire hollandais Haarlem contraint l'équipage à passer plusieurs mois sur ces rivages. Retrouvés, les marins font un tel récit de leur aventure que la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (créée en 1602) décide de fonder dans la baie du Cap une « station de rafraîchissement » sur la route des Indes qui reste son objectif essentiel. C'est ainsi que le 7 avril 1652 débarque au Cap le premier commandant de la Compagnie en Afrique australe, Jan Van Riebeeck, fondateur de la colonie européenne.
Les débuts de la colonisation blanche
Cantonnée d'abord dans des limites très étroites, matérialisées en 1658 par un fossé planté d'amandiers qui sert de première frontière, la colonisation va progressivement s'étendre vers l'intérieur sans toutefois s'éloigner des voisinages de la baie du Cap. Difficultés climatiques et matérielles, mutineries, querelles avec les Hottentots vont transformer peu à peu cette colonie « stratégique » en colonie de peuplement.
Dès 1657 apparaissent les premiers citoyens libres (free burghers), anciens employés de la Compagnie autorisés par elle, et sous son contrôle, à s'installer comme agriculteurs à leur propre compte. Ce mouvement s'amplifie avec les successeurs de Van Riebeeck qui encouragent l'immigration étrangère. En 1688, on compte environ huit cents familles de citoyens libres résidant dans un rayon de cinquante kilomètres autour de la bourgade du Cap. Aux premiers free burghers hollandais s'ajoutent d'autres Européens en 1685 - dont deux cents huguenots français chassés par la révocation de l'édit de Nantes - et des esclaves venus de Malaisie et de Madagascar qui, une fois christianisés, obtiendront le statut d'affranchi. Dès cette époque le métissage entre ces divers groupes ethniques (le mariage entre Blancs et non-Blancs est alors autorisé) donne naissance à cette communauté métisse, ou coloured, qui constitue l'un des éléments du problème sud-africain.
L'expansion européenne, plus ou moins anarchique et heurtée, se poursuit tout au long du XVIIIe siècle. La frontière nord de la colonie du Cap recule progressivement jusqu'au voisinage du fleuve Orange, qui, en 1760, est franchi déjà par des pionniers isolés qui découvrent ce qu'on appellera les « espaces vides » de l'intérieur.
sur Internet La rencontre des Bantous
La tradition selon laquelle le pays occupé par les pionniers européens était vide est aujourd'hui remise en question par les historiens. C'est qu'en effet à la lente progression des Blancs du sud vers le nord - qui s'explique par la dynamique de la colonisation - a correspondu un autre lent mouvement migratoire des tribus africaines du nord vers le sud, mouvement amorcé sans doute dès le XIIIe siècle, et encore mal éclairci. Venant d'Afrique centrale et orientale à la recherche probablement de terres de pâturage, ces tribus variées refoulent les populations aborigènes, se combattent entre elles et finiront par se heurter aux premiers colons européens, qui, eux aussi, sont en quête de terres nouvelles. S'agit-il alors d'une première occupation d'espaces jusqu'ici vierges, ou bien d'une spoliation de terres appartenant aux tribus bantoues et provisoirement abandonnées par elles en raison des guerres tribales quasi permanentes ; Cette question se ramène en définitive à celle-ci : à qui appartient l'Afrique du Sud ; Bien que l'argument ait perdu de sa valeur avec le temps, il reste sous-jacent à toute discussion du problème sud-africain. Il met en relief l'importance fondamentale de la question de l'occupation des terres et de l'exercice du droit de propriété par les différentes communautés raciales. Il porte en germe le problème de la délimitation des bantoustans.
Quoi qu'il en soit, c'est à peu près à la même époque - XVIIe siècle - que s'est manifestée cette double colonisation opposée mais convergente, les Blancs prenant pied dans la région du Cap, les Africains franchissant au nord la frontière constituée par le fleuve Limpopo.
sur Internet Mainmise britannique sur la colonie du Cap
La colonisation hollandaise s'achève à la fin du XVIIIe siècle avec la banqueroute et la dissolution de la Compagnie des Indes (1796). La rivalité franco-anglaise en Europe a son contrecoup en Afrique du Sud : des troupes françaises occupent le Cap de 1781 à 1784. De 1795 à 1802, c'est l'Angleterre qui place « sous sa protection » cette colonie sur laquelle la Hollande n'exerce plus guère qu'une autorité nominale. Ainsi, durant un siècle et demi de présence hollandaise, le problème sud-africain s'est noué lentement, mais sur une superficie restreinte - dans la partie méridionale et orientale de l'actuelle province du Cap - où la population totale ne dépasse pas 80 000 habitants, parmi lesquels 16 000 Européens environ, qui ont déjà acquis une mentalité particulière, celle des pionniers émigrés sans esprit de retour. L'entrée en scène de la Grande-Bretagne va bouleverser le mode de vie de cette communauté blanche et élargir les dimensions du problème colonial à l'ensemble du territoire de l'Afrique du Sud.
sur Internet Pénétration britannique et indépendance des républiques boers (1806-1854)
Le Grand Trek est incontestablement l'événement majeur dans cette première moitié du XIXe siècle où la politique coloniale britannique, à la fois prudente et hésitante, ne réussit pas à « fixer les frontières » ni à apaiser les conflits entre Africains et Européens. On compte cinq guerres « cafres » entre 1803 et 1847. L'Angleterre succède officiellement à la Hollande en 1814 (Convention de Londres), mais elle exerce en fait le pouvoir effectif en Afrique australe depuis 1806.
L'influence du libéralisme britannique
Diverses réformes, à partir de 1825, orientent la colonie anglaise du Cap sur une voie nouvelle, lui donnant ainsi un caractère relativement ouvert et libéral. Bien quel'introduction d'un gouvernement représentatif soit retardée en dépit de pétitions nombreuses, la colonie bénéficie d'un régime assoupli : création d'un Conseil législatif (1834) assistant le gouverneur, création d'une Cour suprême confirmant l'indépendance du pouvoir judiciaire. Le statut des personnes de couleur subit une transformation radicale qui attise la rancœur des Boers (nom donné aux descendants des pionniers européens de l'époque hollandaise, pour la plupart agriculteurs) contre le colonisateur anglais : la Charte hottentote (1828) supprime toute discrimination raciale entre Blancs et non-Blancs ; l'abolition de l'esclavage en 1833 entraîne l'affranchissement de quelque 30 000 personnes tout en endettant ou en ruinant les propriétaires européens faiblement « dédommagés ».
À cela s'ajoute l'anglicisation de la colonie sous diverses formes : immigration britannique massive en 1820 (que commémore chaque année la fête du Settlers'Day) ; proclamation de l'anglais comme langue officielle ; reconnaissance de libertés publiques, celle de la presse notamment ; développement de l'influence des missions anglicanes qui contrebalancent désormais l'action culturelle de l'Église réformée hollandaise, dont le calvinisme austère et autoritaire est en accord étroit avec la mentalité des Boers traditionalistes.
sur Internet Une expansion territoriale contenue
La volonté d'expansion des Boers et l'agitation guerrière de certaines tribus africaines - notamment, au Natal, la puissante tribu zouloue, solidement organisée par ses chefs successifs Dingiswayo, Chaka et Dingaan - contraignent l'Angleterre à s'occuper du problème des terres et des frontières. Elle espère le régler tout d'abord en traitant avec les chefs de tribu. Cette politique de traités, recommandée par des missionnaires anglicans, tels que le révérend John Philip, qui veulent protéger les natives contre la colonisation blanche, se solde par un échec. Dans la suite des conflits locaux, les frontières de la colonie du Cap se déplacent au nord jusqu'au fleuve Orange et surtout vers l'est, où la pression africaine et européenne sur la terre est forte, jusqu'au territoire de la tribu xhosa (le Transkei actuel) qui sera annexé sous le nom de British Kaffraria (1897) avant d'être incorporé à la colonie du Cap.
Mais l'insistance de Londres à contenir dans des limites acceptables l'expansion européenne en refusant l'annexion des territoires appartenant traditionnellement aux tribus africaines déclenche bientôt dans la communauté boer un vaste mouvement d'émigration vers l'intérieur pour échapper à la tutelle britannique : c'est le Grand Trek dont l'apogée se situe en 1835-1838.
sur Internet Le Grand Trek
Épisode historique quasi sacré pour les Afrikaners, le Grand Trek est une véritable odyssée qui conduit les Boers bien au-delà des frontières de la colonie du Cap, sur une distance de 2 000 kilomètres, en direction du nord et de l'est. Les colonnes de chariots à bœufs (ossewaens) franchissent toutes, par groupes plus ou moins nombreux, le fleuve Orange : les unes poussent vers le nord au-delà du fleuve Vaal dans une région qu'on appellera désormais Transvaal ; d'autres se tournent vers l'est en direction du Natal qu'elles atteignent après avoir franchi les montagnes du Drakensberg. Entre les leaders de ces groupes de nouveaux pionniers (voortrekkers), dont Piet Retief est l'un des plus représentatifs, les divergences d'opinion et les querelles sont nombreuses. De son côté, Londres s'efforce d'enrayer le mouvement par des mesures législatives et par l'envoi d'un régiment au Natal pour freiner l'avance du général boer Andries Pretorius. Ce dernier remportera d'ailleurs la victoire la plus significative et la plus sanglante du Grand Trek en écrasant les Zoulous de Dingaan à Blood River, le 16 décembre 1838 (journée devenue fête nationale en Afrique du Sud).
sur Internet Les républiques boers
Refoulés du Natal après y avoir créé une éphémère république, les Boers se replient, entre Vaal et Orange, dans une région de plaines adossées au massif montagneux du Basutoland, qui constitue l'actuelle province d'Orange. Londres, qui contrôle la colonie du Cap et celle du Natal (annexée en 1843), se borne à placer le Transvaal et l'Orange sous sa suzeraineté. Mais les trekkers, qui ont fait le Grand Trek pour échapper définitivement à la domination britannique, ripostent en proclamant leur indépendance. Deux républiques apparaissent : la république d'Afrique du Sud (Transvaal), en 1853, et la république de l'État libre d'Orange, que l'Angleterre se décidera à reconnaître en 1852 et en 1854 (Conventions de Sand River et de Bloemfontein). Peu peuplées, constamment menacées par la pression des tribus zouloues et basuto divisées par des querelles de personnes et de clans, les deux républiques connaîtront une vie agitée jusqu'à la fin du siècle, plusieurs districts du Transvaal s'érigeant même en unités politiques indépendantes.
Le système politique des républiques boers, assez empirique, relève en théorie du monocamérisme (Chambre unique, ou Raad) tout en se teintant de démocratie directe. En fait, il débouche sur un présidentialisme autoritaire et conservateur, illustré au Transvaal par Paul Kruger qui en sera le président inamovible de 1883 à 1902. La vieille tradition des pionniers hollandais du XVIIe siècle inspire les principes fondamentaux de la Constitution des deux républiques : exclusivité de la langue hollandaise (dutch), religion d'État (calvinisme) et discrimination raciale systématique. Le droit de suffrage, censitaire d'ailleurs, n'est accordé qu'aux seuls citoyens blancs, appelés burghers. À la même époque, la colonie anglaise du Cap - qui obtient sa Constitution en 1853, fondée définitivement sur le système parlementaire à partir de 1872 - n'opère aucune discrimination légale. Il en va de même, en principe, dans la Constitution (1856) de la colonie anglaise du Natal, qui ne recevra le self-government qu'en 1893. Toutefois, par des biais juridiques multiples, les Blancs du Natal, inquiets de la masse numérique des Africains et surtout des Indiens, priveront pratiquement ces deux communautés du droit à la participation politique. Ainsi, dès le milieu du XIXe siècle est posée la question du droit de vote des non-Blancs, qui sera ultérieurement la pierre d'achoppement de l'évolution constitutionnelle et politique. Mais la situation générale de l'Afrique du Sud se transforme brutalement dans les années 1860 sous l'effet de facteurs économiques qui bouleversent les données de la politique coloniale britannique.
sur Internet Extension de la domination britannique et guerre anglo-boer (1860-1899)
sur Internet Multiplication des problèmes
Au lendemain de la reconnaissance par l'Angleterre de l'indépendance boer, la situation générale de l'Afrique du Sud apparaît sérieusement compromise : crise économique, aggravée par la division du pays en deux unités politiques opposées (républiques boers et colonies anglaises) ; persistance de conflits locaux entre colons blancs et tribus africaines ; visées coloniales de l'Allemagne et du Portugal, voire de la France, sur l'Afrique australe ; divergences profondes au sein des Églises protestantes sud-africaines dont les répercussions politiques sont sensibles ; aggravation enfin du problème de la cohabitation raciale avec l'arrivée en 1860, au Natal, d'un premier contingent de travailleurs indiens « engagés » dont le nombre total atteindra rapidement celui de la population d'origine européenne, arrivée qui sera suivie ultérieurement d'immigrants chinois recrutés pour les mines du Transvaal.
sur Internet La ruée vers l'or
C'est en effet la découverte des mines de diamant et d'or qui va faire passer l'Afrique du Sud du stade pastoral au stade de société industrielle. L'industrie naissante provoquera le début de la détribalisation et de l'urbanisation des Africains, compliquant par là les rapports entre les différentes communautés ethniques.
À partir de 1867, c'est une ruée d'immigrants de toute espèce dans la zone diamantifère de Kimberley, à la jonction de la colonie du Cap, de la république du Transvaal et de l'État libre d'Orange. En quelques années Cecil Rhodes, fondateur de la société de Beers Co., réussit à contrôler toutes les grandes entreprises de prospection. Ruée d'immigrants, plus spectaculaire encore, à partir de 1886, vers les champs aurifères du Witwatersrand, au Transvaal. Des villes neuves, telle Johannesburg, se construisent dans la fièvre de l'or. L'installation d'étrangers (uitlanders) au Transvaal et en Orange prend l'aspect d'une invasion anglo-juive aux yeux des Boers traditionalistes, qui ne cachent par leur ressentiment contre l'Angleterre.
sur Internet L'expansion britannique en Afrique australe
Les intérêts économiques et politiques découlant de la découverte de ces richesses minières conduisent Londres à renoncer à la politique des traités avec les chefs indigènes et à procéder à des annexions de territoires dans un but de contrôle et de maintien de l'ordre. En 1871 la zone diamantifère de Kimberley, aux frontières discutées, est attribuée par arbitrage au chef griqua Waterboer qui en demande aussitôt l'incorporation à la colonie du Cap afin d'échapper aux revendications des républiques boers. Celles-ci accuseront l'Angleterre de leur avoir « volé la région miraculeuse ». Et progressivement, entre 1865 et 1895, la suzeraineté britannique s'étendra du Cap au Natal par incorporation de vastes territoires peuplés principalement d'Africains, et en partie érigés en « réserves » sous l'impulsion de missionnaires anglicans.
Bataille d'Isandlwana
Inauguré le 22 janvier 1999 pour le cent vingtième anniversaire de la bataille, le mémorial zoulou [...]
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Ian Knight
C'est à la même époque (1884-1895) que se situe l'origine des trois protectorats britanniques dans des conditions qui ne sont d'ailleurs pas identiques. En janvier 1885, le Bechuanaland est placé sous protectorat britannique, la partie méridionale de cet immense territoire aride étant peu après annexée à la colonie du Cap qui devient ainsi la plus vaste des quatre unités politiques existantes. Son établissement répond aux visées impérialistes de Cecil Rhodes, homme d'affaires, parlementaire, puis Premier ministre du Cap. Le but est à la fois de consolider les intérêts économiques de la Chartered (compagnie à charte fondée par Rhodes en 1889 en Rhodésie où elle a le monopole de l'exploitation des mines) et de barrer la route de l'expansion coloniale au Portugal et surtout à l'Allemagne : celle-ci, qui, en août 1884, a proclamé son protectorat sur une partie du Sud-Ouest africain, joue de son appui diplomatique auprès de la république boer au Transvaal.
Cecil Rhodes
Le Britannique Cecil John Rhodes (1853-1902), apôtre de l'expansionnisme colonial, à Matappo Hills, [...]
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Au Basutoland, c'est la résistance du peuple basuto - sous l'impulsion de son paramount chief Moshesh - aux pressions conjuguées des Zoulous et des Boers de l'Orange qui conduit à l'établissement définitif du protectorat, en mars 1884, après vingt années de tergiversations : proclamé d'abord territoire britannique à la requête de Moshesh (1868), le Basutoland est érigé en protectorat colonial (1869), puis incorporé à la colonie du Cap (1871). Mais incapable de contrôler efficacement le peuple basuto qui se rebelle (Gun War de 1878), la colonie du Cap demandera à l'Angleterre de reprendre l'administration du territoire dont le statut sera longtemps, dans la pratique, celui d'une colonie de la Couronne.
Quant au Swaziland, il fait l'objet d'une pénétration pacifique des Boers du Transvaal qui obtiennent facilement des concessions de terres très étendues en échange d'un soutien contre les tribus guerrières zouloues. Contrôlé effectivement par le Transvaal, le Swaziland fait l'objet d'un régime hybride qui reconnaît son autonomie. C'est seulement après la guerre des Boers que le système du quasi-protectorat trouvera application.
sur Internet L'absorption des États boers par la Grande-Bretagne
Ainsi, aux alentours de 1895, de la côte atlantique à la côte orientale, toute l'Afrique australe située au sud du Limpopo est pratiquement sous contrôle britannique, à l'exception de deux républiques boers. Mais on songe à les intégrer, elles aussi, dans une Afrique du Sud anglaise. Une première tentative d'annexion du Transvaal par la force (1877-1881) s'est soldée par un échec des troupes anglaises, battues à Majuba Hill par Kruger et les généraux boers. Gladstone, qui a succédé à Disraeli, négocie la Convention de Pretoria (1881), révisée en 1884, qui reconnaît une nouvelle fois l'indépendance du Transvaal en ne laissant à Londres qu'un droit de regard sur la politique étrangère.
L'ultime phase va se jouer à travers le duel politique de Kruger et de Cecil Rhodes - qui cherche à isoler le Transvaal - en quinze ans de négociations difficiles, d'hésitations et de menaces réciproques, et de tentative avortée de coup de main (échec en décembre 1895 du fameux « raid Jameson » sur le Transvaal, inspiré par Cecil Rhodes dont la carrière politique sombre ici). Le nouveau haut-commissaire britannique, Alfred Milner, ne réussit pas davantage à briser l'entêtement du président Paul Kruger qui lui adresse finalement un ultimatum exigeant la dispersion des quelques troupes britanniques échelonnées le long de la frontière des républiques boers. L'ultimatum repoussé, le Transvaal déclare la guerre et l'Orange se joint immédiatement à son allié. Le 12 octobre 1899 commence la véritable guerre anglo-boer. Elle se terminera seulement le 31 mai 1902 avec la signature du traité de paix de Vereeniging qui « enterre les deux républiques boers » - retombées au rang de colonies - et prépare l'unification politique de l'Afrique du Sud dans le cadre de l'Union sud-africaine.
sur Internet De l'Union sud-africaine à la république d'Afrique du Sud (1902-1961)
L'histoire contemporaine de l'Afrique du Sud débute véritablement au lendemain de la guerre anglo-boer. Malgré les variations complexes de la vie politique intérieure, la ligne générale d'évolution est simple : contraints d'accepter un régime imposé par la Grande-Bretagne, les Boers - appelés désormais Afrikaners - réussiront à faire triompher leur propre nationalisme et à s'assurer, à partir de 1948, l'exclusivité du pouvoir politique.
sur Internet Naissance de l'Union sud-africaine (1902-1910)
De 1902 à 1910, de longues négociations entre représentants des quatre colonies s'efforcent de dégager une solution constitutionnelle. Le climat politique, avec le nouveau gouverneur général lord Selborne, semble s'apaiser : la dernière grande rébellion zouloue au Natal (1906-1907) marque la fin de la période des guerres cafres du XIXe siècle. Sur le plan économique, les ruines consécutives à la guerre s'effacent progressivement avec le développement de l'industrie minière et l'appui financier de la Grande-Bretagne. Au niveau des leaders politiques, le ressentiment afrikaner contre la politique coloniale britannique s'accompagne de lucidité et de volonté de coopération.
Le grand débat porte sur le choix de la forme du futur État unitaire ou fédéral. Bien que les pourparlers aient failli trébucher sur la question du siège de la capitale et surtout sur la question du droit de suffrage des non-Blancs, la Convention nationale - exclusivement blanche - réunie en 1908-1909 adopte finalement un projet de Constitution, approuvé par les quatre colonies : c'est le South Africa Act de 1909 dont l'entrée en vigueur est fixée au 31 mai 1910, soit huit ans exactement après la signature du traité de paix.
L'Union sud-africaine ainsi créée est une monarchie parlementaire, membre du Commonwealth des nations britanniques. Le fédéralisme a été repoussé au profit d'un État unitaire dans lequel les quatre colonies, devenues provinces, jouissent d'une assez large autonomie administrative. La coutume britannique complète les lacunes d'un texte constitutionnel qui est le reflet d'un compromis entre aspirations opposées. La reconnaissance de deux langues officielles, anglais et hollandais (afrikaans, à partir de 1925),et le principe d'une possible incorporation des protectorats britanniques à l'Union sont le signe d'une volonté de réconciliation entre communauté anglaise et communauté afrikaner.
Mais la solution retenue pour le statut des non-Blancs porte en elle le germe de conflits futurs. En pratique, le régime juridique des « réserves » africaines et l'administration des populations de couleur relèvent uniquement de l'exécutif et obéissent à des règles spéciales. De plus et surtout, le refus général du droit de suffrage aux non-Blancs, exigé par les Afrikaners, souffre une exception dans la seule province du Cap où le droit de vote est accordé sans discrimination raciale (South Africa Act, 1909, section 35). Ce régime exceptionnel et privilégié, sur lequel Londres n'a pas voulu céder, est garanti par la Constitution sous forme d'une « clause retranchée », c'est-à-dire modifiable seulement par une procédure rigide, difficile à mettre en œuvre. Ce sera la pierre d'achoppement de l'évolution constitutionnelle et politique ultérieure.
sur Internet Évolution de l'Union sud-africaine de 1910 à 1948
Durant toute cette période, l'Union sud-africaine fonctionne sur le modèle britannique avec une tendance au bipartisme. Toutefois, le jeu parlementaire n'intéresse directement que la population blanche, seule admise à participer à la vie politique. En 1930, le droit de vote est étendu aux femmes. En outre, le pouvoir est très personnalisé. Trois Premiers ministres seulement vont se succéder ou alterner au pouvoir - Botha, Smuts et Hertzog - et se heurter aux mêmes difficultés politiques, sociales et raciales sans y apporter de solution nette.
sur Internet La Première Guerre mondiale : conquête du Sud-Ouest africain
Jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, le général Botha occupe le poste de Premier ministre, soutenu par le South African Party, de tendance modérée, qui détient une très confortable majorité au Parlement. Aux problèmes sociaux - revendications des travailleurs blancs opposés à la promotion des non-Blancs, grèves, situation économique difficile des « pauvres Blancs » nombreux à cette époque - s'ajoutent des difficultés politiques liées à la guerre. L'occupation par Botha à la demande de l'Angleterre, en septembre 1914, du Sud-Ouest africain allemand déclenche une rébellion ouverte de généraux boers, anciens compagnons d'armes de Botha, que lui-même doit écraser (févr. 1915). Ce vaste territoire sera attribué en 1919-1920 par la Société des Nations à l'Union sud-africaine au titre de mandat et de « mission sacrée de civilisation ». L'entrée en guerre de l'Union aux côtés des Alliés détache de Botha et de son ministre Smuts les Afrikaners intransigeants, conduits par Hertzog, partisan de la neutralité en politique étrangère et d'une ségrégation raciale rigoureuse sur le plan intérieur.
Succédant en 1920 à Botha décédé, le général Smuts hérite d'une situation économique, politique et sociale difficile. La « révolution du Rand » (grève sanglante des mineurs blancs durement réprimée en 1922) lui aliène les sympathies du Parti travailliste, des syndicalistes et du Parti communiste. Ses hésitations en matière de politique des races - il prône un white leadership ouvert à une promotion économique et sociale limitée des non-Blancs - lui valent à la fois l'opposition des personnes de couleur et les critiques acerbes du Parti national, essentiellement afrikaner, devenu le principal parti d'opposition. Largement battu aux élections législatives de 1924, Smuts cède la place au général Hertzog, chef de file des nationalistes afrikaners.
sur Internet Le ministère Hertzog : accession à la souveraineté
Le programme de Hertzog, Premier ministre de 1924 à 1938, comporte deux points essentiels : transformer le statut de dominion et imposer un programme racial méthodique. Sur le premier point, il obtient satisfaction avec le statut de Westminster (1931), entériné pour l'Union sud-africaine par le Status of the Union Act (1934), qui consacre la pleine souveraineté interne et internationale du dominion sud-africain. Il est moins heureux en ce qui concerne son programme racial qui vise à délimiter la superficie définitive des réserves africaines, et à imposer la ségrégation légale dans tous les domaines tout en maintenant un statut de quasi-égalité avec les Blancs pour la seule communauté métisse. Ces projets, vivement combattus par le South African Party de Smuts, ne seront que partiellement votés en 1936.
À cette date, en effet, Hertzog s'est rapproché de Smuts au point que les deux partis fusionnent en 1934 sous le nom de United Party (Parti uni). C'est qu'il est en butte à l'hostilité croissante de l'aile nationaliste extrémiste qui a fait scission en 1934 et a créé, sous la direction du docteur Malan, le Parti « nationaliste purifié » dont l'objectif est de remettre le pouvoir politique à la seule communauté afrikaner et de réaliser une séparation systématique des races, appelée apartheid.
sur Internet Rebondissement de la question raciale
La Seconde Guerre mondiale bouleverse une fois encore les données du problème sud-africain. Toujours partisan de la neutralité, Hertzog est contraint de s'effacer devant Smuts qui a décidé d'apporter son appui total et immédiat aux Alliés. Le Parti uni éclate à nouveau ; James Hertzog (qui meurt en 1942) crée son propre Parti afrikaner tandis que les « nationalistes purifiés » proclament leur soutien à l'Allemagne nazie tout en préparant leur revanche sur le plan interne.
En 1939, à soixante-neuf ans, Smuts redevient Premier ministre. Il concentre son énergie sur la politique étrangère et la défense nationale. La législation raciale reste au point mort. Mais le problème rebondit en 1946 avec la « question des Indiens d'Afrique du Sud » inscrite dès cette année à l'O.N.U. Les demi-mesures offertes par Smuts à cette communauté dynamique provoquent des manifestations de résistance passive : des émeutes éclatent également entre Indiens et Africains au Natal, tandis que les grèves reprennent chez les mineurs blancs. Les petits partis blancs se divisent, et les nationalistes exploitent à fond une situation devenue très tendue aussi bien sur le plan politique que sur le plan social.
Aux élections de mai 1948, le Parti national du docteur Malan enlève la majorité des sièges. Smuts (qui mourra en 1951 à l'âge de quatre-vingts ans) est battu dans son propre fief. Le Parti uni, qui espérait la victoire, rentre alors dans une opposition dont il n'est plus jamais sorti.
sur Internet Le nationalisme afrikaner et l'avènement de la république d'Afrique du Sud (1948-1961)
La victoire du Parti national en 1948 ouvre une vie politique nouvelle en Afrique du Sud, celle de la rigueur sur le plan interne et sur le plan international.
sur Internet La mainmise du Parti national sur la vie politique
Sur le plan intérieur, le brillant développement économique du pays assure au parti majoritaire une assise solide pour imposer et faire admettre sa politique d'apartheid malgré les résistances internes. L'opposition des partis blancs se liquéfie à la suite de scissions et de crises, notamment la grave crise constitutionnelle de 1951-1956 à l'issue de laquelle le gouvernement triomphe de l'opposition du Parlement et de la Cour suprême dans le problème passionné du retrait du droit de vote à la communauté métisse du Cap, que garantissait la section 35 de la Constitution. Dès lors, à chaque élection législative ultérieure, la domination du Parti national s'accentue. Les Premiers ministres successifs, Malan (1948-1954), Strijdhom (1954-1958) et Verwoerd (1958-1966), disposent d'un soutien total pour mettre en œuvre l'apartheid et pour briser les résistances des non-Blancs, contraints à agir dans la clandestinité à partir de 1960.
sur Internet L'isolement dans le domaine international
Sur le plan international, l'Afrique du Sud adopte une attitude tout aussi négative et rigide face aux pressions de l'O.N.U. et des États afro-asiatiques, qu'il s'agisse de sa politique raciale ou du contrôle de sa gestion dans le Sud-Ouest africain. On ne peut guère relever que son renoncement à l'idée d'incorporation des protectorats britanniques à l'Union. La conséquence logique de ces condamnations est un isolationnisme politique forcé qui ranime les rancœurs anciennes contre l'Angleterre. L'idée républicaine chère aux nationalistes intransigeants, proclamée déjà par les généraux boers de la rébellion de 1915 et développée par le Parti nationaliste purifié dans un projet constitutionnel publié en 1943, revient au premier plan. Remplacer la monarchie parlementaire par une république, c'est se dégager de tout lien avec la Couronne britannique et le Commonwealth et signifier en même temps une volonté d'agir en totale indépendance dans la seule voie choisie par les nationalistes afrikaners.
Le référendum consultatif du 5 octobre 1960 donne une majorité (850 458 oui contre 775 848 non) en faveur de la République. En mars 1961, l'Afrique du Sud se retire du Commonwealth britannique. La nouvelle Constitution républicaine du 31 mai 1961 consacre le changement de régime sans pour autant modifier en profondeur les institutions existantes. Pas de rupture non plus dans la ligne politique, sinon le durcissement d'une attitude qui conduit l'Afrique du Sud sur un chemin solitaire.
sur Internet L'évolution constitutionnelle et politique depuis les années 1960
L'assassinat du Premier ministre Verwoerd par un « pauvre Blanc », dans la salle du Parlement au Cap le 6 septembre 1966, clôt un chapitre de l'histoire intérieure du pays. Il met fin pratiquement - on le saura bientôt - à deux décennies de radicalisme et de triomphalisme afrikaner. Un certain vent de changement commence, en effet, à souffler en Afrique du Sud avec les successeurs de Verwoerd, d'abord Balthazar Johannes Vorster, puis le président Pieter Wilhem Botha, tous deux afrikaners de bonne souche.
Ancien ministre (énergique) de la Justice dans le gouvernement Verwoerd, B. J. Vorster assume pendant douze ans (1966-1978) la charge de Premier ministre, et c'est sous son magistère, commencé pourtant dans la ligne pure et dure, que s'effectuent les premiers changements, hésitants certes mais significatifs.
Ainsi en est-il de la nouvelle politique de « bantoustanisation » : l'octroi de l'autonomie politique aux homelands, ou foyers nationaux bantous, puis l'admission de leur droit à l'indépendance s'ils le souhaitent (le Transkei est le premier bantoustan à devenir officiellement en 1976 un « État noir ») débordent largement les perspectives envisagées par Verwoerd en ce qui concerne le concept initial de bantoustan dans le système d'apartheid. C'est en toute hypothèse une évolution que l'organisateur de l'apartheidrigide repoussait à très long terme, mais qui se réalise peu après sa disparition. L'apparition de Black States (États noirs) dans ce qui était jusqu'ici une république unitaire à domination blanche trouble dès lors le jeu politique traditionnel, aussi bien dans la communauté internationale - qui refuse de « reconnaître » ces nouvelles entités - que sur la scène sud-africaine où les complications nées de ce changement poussent elles-mêmes au... changement. Les vives critiques adressées à l'apartheid par le chef
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18 Octobre 2007 à 17:05 dans
- Afrique du Sud

