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Mon séjour en Afrique du Sud (Cape Town)

La ville des mercenaires sera rasée.

Pomfret, une garnison fantôme dans le désert du KalahariEn Afrique du Sud, une ville de 6 000 habitants va être rasée. Pomfret abritait d'anciens soldats du régime de l'apartheid reconvertis dans le mercenariat.Pomfret est une ville de garnison fantôme sur les franges sud du Kalahari. Dans quelques semaines, la cité minière va être rasée et les quelques milliers d'hommes et de femmes qui la hantent depuis 1989 devront de nouveau s'exiler.

Ces Angolais et leurs familles avaient déjà fui le régime communiste en 1975. Enrôlés dans l'armée sud-africaine, ils sont restés stationnés dans le nord de la Namibie pendant quatorze ans. Le temps de former l'une des plus redoutables unités d'infanterie au monde, le 32e bataillon. « L'insigne de l'unité était une tête de buffle ; on le portait sur nos bérets camouflés, raconte Peter Williams, un ancien capitaine du 32e. On nous appelait les Buffalo. On s'est battus jusqu'à l'indépendance de la Namibie. Ensuite, on nous a rapatriés en Afrique du Sud et installés  Pomfret. » Le 32e bataillon, dont la lingua franca était le portugais, a débarqué, avec ses armes, ses familles et ses morts, dans une Afrique du Sud en pleine mutation.

Dans l'ancienne ville minière de Pomfret, les « Buffalo » ont été entraînés à leurs nouvelles missions : le maintien de l'ordre et le combat urbain. Rapidement, les bérets camouflés du 32e sont apparus dans les townships où partisans de Nelson Mandela et Zoulous du Parti Inkatha s'affrontaient sauvagement. Ils y ont ramené l'ordre, à la satisfaction des habitants d'Alexandra, le grand bidonville du nord de Johannesburg. Mais à la fureur de l'ANC qui refusait qu'une « unité de mercenaires », régulièrement accusée de crimes de guerre, puisse encore opérer alors que l'apartheid était moribond. Une fois au pouvoir, l'ANC a dissous, dès 1993, le 32e bataillon, cette « Légion étrangère sud-africaine », comme disait le colonel Mucho Delport, son chef de corps en 1989.

Les 6 000 habitants de Pomfret (dont 1 200 soldats) ont peu à peu été oubliés. Puisqu'il fallait bien vivre, les hommes ont cherché des emplois de vigiles, d'agents de sécurité. Leurs anciens chefs, par contre, ne les avaient pas oubliés. Lorsque ces jeunes démobilisés de l'armée de l'apartheid ont commencé à recruter des mercenaires pour des contrats en Angola, en Sierra Leone, en Papouasie..., ils ont rameuté les « Buffalo ». Aujourd'hui, même s'ils ont vieilli, les anciens du 32e sont de tous les recrutements de soldats de fortune. Ils sont en Irak, au Congo, en Côte d'Ivoire ; quelques-uns, une vingtaine, croupissent dans une prison du Zimbabwe après l'échec d'une opération visant la Guinée équatoriale.

L'Afrique du Sud a décidé de tourner la page. Pomfret, ce « nid de mercenaires », selon la ministre sud-africaine des Affaires étrangères, va être rasé. « Qu'est-ce qu'on va devenir ? », s'inquiète Daniel. Soldat de fortune ? Il aurait bien voulu. « Mais avec un bras en moins, on n'est plus bon pour la guerre. »


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