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Mon séjour en Afrique du Sud (Cape Town)

L'appareil militaire sud-africain pourrait servir de modèle

L'intégration de membres de factions jadis antagonistes en est la clé, souligne un universitaire.

- Selon le professeur Stephen Burgess, attaché au département " stratégie et sécurité internationale " de l'École de hautes études de l'armée de l'air des États-Unis, l'Afrique du Sud pourrait servir de modèle lorsqu'il s'agit de faire participer l'armée d'un gouvernement jadis ségrégationniste à la reconstruction politique qui suit le règlement d'un conflit.

M. Burgess a fait cette observation lors de la réunion annuelle générale de l'Association des études africaines qui se tenait à Washington du 17 au 20 novembre, précisant que l'un des aspects les plus importants de la reconstruction politique en Afrique, après la fin de conflits, s'était révélé être " la reconstitution du secteur de la sécurité ".

M. Howard Wolpe, ancien parlementaire qui a été l'envoyé spécial du président Clinton pour la région des Grands Lacs d'Afrique, s'était joint au professeur Burgess pour une table ronde portant sur la reconstruction en Afrique.

" Ceux qui voulaient la paix ont pris des mesures pour façonner des forces militaires et policières à partir de forces gouvernementales et rebelles précédemment en guerre ", a expliqué M. Burgess, faisant allusion au Zimbabwe au début des années 1980 et à la Namibie, à l'Afrique du Sud et au Mozambique par la suite.

L'Afrique du Sud, où dans les années 1970 et 1980 la force de défense de 90.000 hommes qui se battait âprement pour la survie du régime d'apartheid, était la plus redoutée d'Afrique, est aujourd'hui un modèle de réussite, a dit M. Burgess qui a fait des études en Afrique en qualité de boursier Fulbright-Hays.

Selon lui, c'est au " Military Research Group " (MRG, Groupe militaire de recherche), composé de spécialistes de la défense qu'avait établi le Congrès national africain (African National Congress, ANC) que revient le mérite de cette intégration réussie des unités de guérilla au sein de l'armée sud-africaine.

Le MRG n'était pas en faveur d'un important appareil militaire et appuyait vigoureusement un contrôle civil des militaires, ainsi que l'intégration et l'adoption d'une stratégie de sécurité plus défensive, autant de caractéristiques qui ont été intégrées à la nouvelle Force de défense sud-africaine (SANDF) depuis 1994.

Des membres des forces armées britanniques furent aussi invités à surveiller la création de la SANDF ainsi que le processus d'intégration, et la force armée sud-africaine a été réduite à 57.000. " Son efficacité n'en a pas été diminuée pour autant, ainsi que le montre le déploiement d'une force de maintien de la paix au Burundi et au Liberia ", a souligné M. Burgess, ajoutant : " Dans l'ensemble, la transformation et l'intégration de la SANDF ont été une contribution très importante au rétablissement d'une paix permanente en Afrique du Sud. "

Pour sa part, M. Wolpe a donné des précisions sur le projet de résolution du conflit au Burundi, qui implique l'intégration des militaires, auquel il Å"uvre en sa qualité de directeur du programme Afrique au Centre international Woodrow Wilson, à Washington.

Dans les régions déchirées par la guerre telles que la région des Grands Lacs d'Afrique, a-t-il dit aux participants à table ronde, le véritable défi, c'est de maintenir l'élan du processus de construction de la paix.

" Il vous faut trouver une solution au conflit alors que personne ne tient particulièrement à collaborer et que les diverses institutions de la société ne se font pas du tout confiance, en particulier l'armée et la police ", a-t-il expliqué.

Il s'est donc efforcé de " réengager le dialogue " entre les parties belligérantes et les institutions burundaises dont les représentants étaient plus habitués à se lancer des invectives qu'à communiquer.

Pour y parvenir, a indiqué M. Wolpe, le Centre Woodrow Wilson s'est attaché à identifier une centaine de chefs de file autour desquels un programme de formation reposant sur " l'analyse du conflit, la préparation stratégique et la résolution de problèmes " pourrait être élaboré. Les membres du groupe ont ensuite mis en place un réseau visant à rallier à leur cause les responsables et les personnes influentes de toute la région.

Le programme a si bien réussi à faire accepter le nouveau gouvernement multiethnique du Burundi que celui-ci a demandé que ses forces militaires et policières nationales reçoivent le même genre de formation.

Et si les Africains sont aujourd'hui mieux équipés pour prévenir les conflits, les capacités des États-unis dans ce domaine ne sont pas à la hauteur, a regretté M. Wolpe qui a souligné : " Durant mes cinq années passées au département d'État, le fait que les diplomates ne recevaient aucune formation en matière de résolution ou de gestion des conflits m'a stupéfait. Ils sont bien au fait des questions politiques concernant les pays où ils sont en poste, mais ne sont pas très au courant des techniques visant la prévention des conflits. "


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