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Mon séjour en Afrique du Sud (Cape Town)

L'Afrique du Sud veut relancer son aéronautique

Plus gros salon aéronautique d'Afrique, l'Africa Aerospace and Defence s'est déroulé cette année dans la ville du Cap, sur la base militaire d'Ysterplaat. Situé sur les versants des Montagnes Tables, le Salon a réuni cette année plus de 400 exposants venus de 25 pays. Durant ces 5 jours, dont 2 étaient ouverts au public, les principaux acteurs aéronautiques mondiaux ont partagé la vedette avec l'industrie locale, qui entend bien profiter des accords de coopération noués lors de l'achat de matériels de défense à l'Europe : Gripen à Saab, A400M à Airbus, A109 et Lynx 300 à AgustaWestland, Hawk à BAE Systems, etc.

Le Salon a été inauguré par le ministre sud- africain de la défense, Mosiua Lekota, qui a souligné le rôle des forces armées et du transport aérien dans le maintien de la paix dans cette région du monde. Mais, surtout, il a annoncé la création d'un centre aéronautique d'excellence sud-africain. Cette initiative du gouvernement est la marque d'une volonté nationale de redonner à l'Afrique du Sud une place importante dans l'aéronautique mondiale, place qu'elle occupait sous l'ancien régime. Ce programme, financé par le département du Commerce et de l'Industrie, sera dirigé par l'université de Witwatersrand. Il sera le fruit d'une coopération entre le gouvernement, les universités et les institutions de recherche visant à améliorer la compétitivité sur le plan technologique de l'Afrique du Sud dans l'industrie aéronautique.

Gripen. L'un des grands événements du Salon fut la présentation publique du premier Gripen sud-africain. Livré il y a seulement deux mois, il devrait entamer une série de tests au centre d'essai en vol de l'AFB à Overberg, avant son entrée en service en 2008. La décision de doter la force aérienne sud-africaine de Gripen et d'avions d'entraînement Hawk Mk120 de BAe Systems (le premier des dix appareils était également en présentation) a permis de créer une centaine de nouveaux investissements, de projets et de transferts de technologie, dans diverses industries aéronautiques civiles et militaires du pays. Plus de 75 compagnies sud-africaines sont partenaires de BAe Systems et de Saab dans le programme Defence Industrial Participation (DIP). Les retombées dans le secteur sont estimées à 1,5 Md$ (1,2 MdEuro(s)).

L'autorité sud-africaine de la concurrence a donné son feu vert pour le lancement d'une société commune entre le suédois Saab AB et le sud-africain Denel, annoncé en juin 2006 avant le début du Salon. Cette nouvelle société aéronautique appartiendra à Saab à hauteur de 20 % et à Denel à hauteur de 80 %. Saab, qui sera responsable de la gestion du fonctionnement, investira à hauteur de 10 M$ (7,8 MEuro(s)) les deux premières années et se chargera également des opérations de mercatique et de transferts de technologies. Denel, quant à lui, investira à hauteur de sa participation dans le capital. Dans un premier temps, 600 personnes de chez Denel Aviation seront formées sous l'expertise de leur collègue de chez Saab Aerostructures.

La société assumera également les contrats de Denel, dont le carnet de commandes inclut notamment des livraisons d'éléments pour le Gripen, l'A400M, Agusta et les Hawk des forces aériennes sud-africaines. C'est ainsi que Denel rappelait la livraison, en juin dernier, du premier élément de la partie supérieure du fuselage de l'A400M. L'Afrique du Sud, qui en a commandé 8 exemplaires, se voit ainsi impliquée dans le programme avec des retours estimés à 1 Md$ (0,8 MEuro(s)) pour les industries locales. De même, le contrat attribué à Aerosud de la part de BAE Systems, pour la production d'éléments de l'Eurofighter. D'une durée d'au moins 6 ans, le contrat stipule la fabrication d'environ 3.500 petites pièces et des assemblages mineurs. Ce même industriel s'est vu accorder par Boeing un contrat pour la réalisation de plusieurs centaines de composants pour ses avions commerciaux.

ATE, l'une des sociétés aéronautiques sud- africaines les plus prolifiques, n'est pas en reste. Dans le domaine des drones, elle a présenté le premier minidrone lancé à la main développé en Afrique du Sud, le Kiwit, propulsé par un moteur électrique de 3 kg et d'une envergure de 2,5 m. Humainement transportable, il sera livré avec un système de contrôle au sol portable dont la masse totale sera de 15 kg. Le Kiwit aura une vitesse de croisière de 50 km/h et un rayon d'action de 5 km. Il sera en outre capable d'atterrir automatiquement. Il possédera une caméra numérique de 8 mégapixels située dans sa nacelle ventrale. ATE, qui réalise également le drone Vulture pour l'armée sud-africaine, conduirait des négociations avec Denel, fabricant des drones Seeker et Bateleur, afin de créer une société commune dédiée à ces engins sans pilote.

Hélicoptères. Elle a également annoncé un accord de coopération avec divers industriels russes dont Mil, Rosvertol, Kazan et Nartz. ATE, qui avait déjà un accord avec Rosoboronexport, travaillera sur une large gamme d'hélicoptères russes parmi lesquels le Mi-2, le Mi-17, le Mi-26 et le Mi-34. L'accord prévoit la fabrication de pales de rotor en composites pour le Mi-17 et le Mi-24. Les premiers essais en vol devraient débuter en 2007, après sept mois de développement. D'une durée de vie illimitée, les pales en composite seront directement interchangeables avec les pales en métal et pourront être équipées de systèmes de dégivrage.

La société sud-africaine a également annoncé un programme de remise à niveau de l'avionique des Mi-17. Ce programme prévoit l'installation d'un nouveau système de navigation tout écran et un nouveau radar certifié pour IFR (pour le vol aux instruments) à partir de composants occidentaux. ATE espère ainsi s'inviter sur le marché des hélicoptères civils, d'autant qu'il pense ouvrir un centre de maintenance pour hélicoptères russes à Johannesburg.

En plus d'une mise à jour IFR, ATE a également annoncé un programme d'amélioration pour l'hélicoptère d'attaque Mi-24. Le Superhind Mk.V aura une section de nez plus étroite et un cockpit tout écran dernier cri. Il sera équipé d'un système compatible NVG avec deux écrans LCD multifonctions de 15 x 20 cm par siège, d'un ordinateur de mission, d'un afficheur de carte digitale, d'un écran multifonction monochrome, d'un système de navigation hybride Doppler/GPS, de divers systèmes de navigation VOR, ILS et DME, et enfin d'une balise de marquage et d'une unité de soin mobile. En outre, il aura un gyroscope stabilisé de type Argos 410 fabriqué par Denel, un système d'acquisition de cible tout temps Flir/TV, des casques Archer R2 avec système de vision pour le pilote et le tireur, une nouvelle tourelle canon de 20 mm à double alimentation développée par IST et enfin un désignateur laser également conçu par Denel d'une portée de 5.000 m pour missiles anti-tank. Le Superhind Mk.V sera également capable d'emporter des roquettes non guidées et des bombes. ATE parle aussi de réduire sa masse de deux tonnes, ce qui améliorera grandement les performances de l'hélicoptère, notamment pendant les opérations de nuit. L'objectif du programme est d'améliorer la puissance de feu, les capacités de combat de nuit et les performances générales pour un prix raisonnable. Le pack inclut également un soutien logistique et une formation pour le personnel.

Difficultés. Si ATE se voit pousser des ailes dans le secteur des hélicoptères, c'est que son compatriote Denel a toujours des difficultés avec son propre hélicoptère de combat. Le Rooivalk, qui est en compétition avec l'AgustaWestland A129 Mangusta en Turquie pour 90 machines voit là sa dernière chance pour s'attirer des commandes internationales.

La situation est des plus réjouissantes pour AgustaWestland, qui présentait l'un des 30 A109 qui équiperont la SAAF en début d'année prochaine, sans oublier les 4 Lynx 300 qui devraient rejoindre les forces sud-africaines début 2007. Côté civil, des AW139 et A109 Grand ont été livrés récemment à des clients sud-africains. L'AW139 est disponible dans une livrée exclusive créée par un graphiste sud-africain venu en Italie spécialement pour l'occasion. D'autres commandes ont été annoncées, comme la vente de quatre AW139 de transport et d'évacuation sanitaire au Nigeria.

Numéro un du secteur, Eurocopter présentait son EC-145, qui est en tournée pour un mois sur le continent. En Afrique du Sud, l'hélicoptériste européen espère pouvoir placer des commandes pour le remplacement des BK-117. La famille des AS530 est également très populaire dans la région, tandis que les ventes des EC-130BA sont toujours en augmentation. Eurocopter South Africa a d'ailleurs triplé ses bénéfices avec la livraison de 20 appareils, dont 18 étaient neufs. Loin devant Bell, dont l'agent local National Airways Corporation espère imposer le Bell 417, le Bell 429 ainsi que le Bell 407, qui ont déjà de bons résultats à la vente dans le pays.

Seabird Aviation Jordan LLC présentait son SB7L-360A, monomoteur léger de reconnaissance à hélice, utilisable à des fins civiles et militaires. L'avion est commercialisé en partenariat avec Paramount Group, une société sud-africaine spécialisée dans les opérations de sécurité, de défense et de maintien de la paix. Toujours dans le domaine de la défense, on notait l'arrivée surprise de l'Embraer 145 AEW&C dont la plate-forme multimission est proposée aux forces sud-africaines pour remplacer ses trois 707, qui doivent être retirés du service dans moins de 5 ans.

Bizjets. Le marché des avions d'affaires en Afrique du Sud et sur le reste du continent affiche une croissance régulière et chaque constructeur redouble d'effort pour prendre la tête. Vedettes de ce Salon : les Bombardier Global 500 et le Learjet 45XR, les Cessna Sovereign et CJ2+, le Hawker 850XP et enfin l'Embraer Legacy 600. De retour en Afrique pour la troisième fois depuis quelques mois, ce dernier a démontré toute l'agressivité déployée par Embraer sur le plan marketing pour assurer le succès de son avion dans la région. Deux avions sont actuellement en service sur le continent africain et l'avionneur est confiant dans le fait que d'autres suivront. Embraer présentait aussi d'autres avions de sa gamme : les Phenom 100 et 300 et le tout récent Lineage 1000.

National Airways Corporation présentait son nouveau Hawker 850XP, qui fait ses premiers pas en Afrique. La livraison du premier exemplaire sud-africain est attendue pour début 2007.

Annonce surprise, l'acquisition d'une part majoritaire du capital de l'allemand Grob Aerospace par Executive Jet Investements (EJI). La branche suisse d'EJI possédait déjà 50 % du programme d'avion d'affaires Grob SPn présenté en 2005 au Bourget. EJI sera renommé Grob Aerospace AG, et restera la maison mère de la société Grob Aerospace. Niall Olver, qui dirige EJI depuis ses débuts il y a deux ans, va devenir le pdg du groupe Grob Aerospace.

La société a annoncé qu'elle avait sélectionné ExecuJet South Africa pour devenir le premier centre de service destiné aux Grob SPn en Afrique. ExecuJet se chargera des opérations de maintenance et de l'acheminement des pièces de rechange.

De son coté, Bombardier a établi durant le Salon un record mondial de vitesse en Learjet 60SE entre la ville du Cap et Lanseria. L'aller a été accompli en 1 h 24 min tandis que le retour s'est fait en 1 h 35 min. A bord de l'avion, Franck Eckhart, de la NAA (National Aeronautical Association), a validé le record de vitesse grâce à deux GPS spécialement installés à bord. La NAA soumettra le record à la FAI à Paris.

Enfin le suisse Pilatus a annoncé l'ouverture récente en Afrique du Sud d'un centre de maintenance pour PC-12.

Besoins en avions de ligne

Du côté du transport aérien, la rivalité transatlantique entre Airbus et Boeing avait pour l'occasion gagné le continent africain. Bien que cela puisse sembler peu, l'Afrique devrait avoir besoin de plus de 600 avions de ligne pour les 20 prochaines années, et chaque constructeur espère obtenir une part du gâteau. Airbus prévoit que les besoins africains s'élèveront à 640 avions, soit un marché de 60 Md$ (47 MdEuro(s)) sur les 15 prochaines années, incluant notamment 17 long-courriers A380. Par ailleurs, Airbus avait annoncé quelques jours avant le Salon la livraison de deux A330-220 plus un en option à la compagnie Air Mauritius. Quant à Boeing, il a présenté l'intérieur de son 787 pour la première fois en Afrique. L'avionneur nord-américain espère que l'Afrique du Sud sera le 5e client africain du Dreamliner, et bien qu'un accord soit sur le point de se formaliser avec la compagnie nationale, Boeing continue de vanter les qualités de son nouvel avion. Pour sa part, Embraer était au Salon avec trois avions. Dont le récemment certifié Embraer 190, qui revenait d'une visite au Niger. L'Afrique du Sud était une des étapes d'un tour du monde de 21 semaines pendant lequel il aura visité 43 pays. Quelques jours avant le Salon, l'avionneur avait conclu avec EgyptAir Express un contrat pour la vente de 6 Embraer 170, plus 6 autres en option, avec une livraison prévue en avril 2007.

Bombardier quant à lui confirme une récente commande de la part la compagnie régional sud- africaine SA Express pour trois CRJ 200. Ces avions devraient être livrés dans le dernier quart 2006, et rejoindront la flotte de CRJ et de Dash 8 déjà en service dans la compagnie. L'avionneur canadien a de plus annoncé que la compagnie algérienne Tassili Airlines et la compagnie nigérienne Arik Air seraient les premières compagnies africaines à acquérir des CRJ900.


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